ENCORE CHOQUÉE !
La salle des tortures
Au milieu de l'année 1942, on installe la salle des tortures dite le « Bunker » pour y soumettre le nombre croissant de résistants arrêtés à un « interrogatoire poussé ».
« Le crochet fut passé dans les liens qui tenaient mes mains attachées derrière le dos. Puis on me hissa avec la chaîne jusqu'à ce que mon corps pende à environ un mètre du sol. Suspendu ainsi par les mains liées dans le dos, on ne peut se maintenir à la force des muscles qu'un très court moment seulement dans une position proche de la verticale (...) la sueur vous coule sur le front et sur les lèvres et (...) le souffle se fait court, on n'est plus en état de répondre à aucune question. Complices ? Adresses ? Points de rencontre ? C'est à peine si l'on entend encore . La vie alors concentrée tout entière en un seul endroit très circonscrit du corps, en l'occurrence les articulations des épaules, ne réagit plus, parce qu'elle s'épuise totalement à rassembler ses forces. (...) C'est à ce moment que se produisit dans le haut de mon dos un craquement et une déchirure. Je sentis mes épaules se déboîter. Le poids même du corps avait provoqué la luxation, je tombai dans le vide et tout mon corps pendait maintenant au bout de mes bras disloqués, étirés vers le haut par derrière et retournés jusqu'à se retrouver par dessus de ma tête. (...) En même temps les coups assénés avec le nerf de b½uf pleuvaient dru sur mon corps (...) C'est seulement dans la torture que la coïncidence de l'homme et de sa chair devient totale : hurlant de douleur, l'homme torturé et brisé par la violence , qui ne peut espérer aucune aide, qui a perdu le droit de légitime défense, n'est plus qu'un corps et absolument rien d'autre. »
Jean Améry, Par-delà le Crime et le Châtiment. Esai pour surmonter l'insurmontable, Acte Sud, 1995, pp 67-68
Breendonck